Daniel-Lilian Matthey, Directeur général de la société Magafor

08/04/2016

DL Matthey ©Magafor

DL Matthey ©Magafor

« Notre leitmotiv : investir ou mourir »

En 2016, Magafor investit 20 % de son chiffre d’affaires notamment dans deux centres d’usinage “20 axes”. En robotisant sa production, ce spécialiste des outils coupants s’est ouvert de nouveaux marchés et exporte désormais 70 % de sa production.

Comment vous êtes-vous engagés dans une démarche d’Usine du Futur ?

Au début des années 2000, nous avons fait un travail prospectif qui consistait à se projeter dans les années 2020 pour essayer d’anticiper l’évolution de nos marchés et de nos concurrents. Il en est ressorti que nous allions faire face à un nouveau type de concurrence issue des pays à bas coût, essentiellement d’Europe de l’Est et d’Asie. En effet nos confrères, qui produisaient des outils bas de gamme, ont progressé et s’approchent de nos niveaux de qualité. Se posait alors cette question : comment une PME comme la nôtre pouvait continuer à produire en région parisienne – il était exclu de délocaliser la fabrication – et vendre dans des pays à bas coût ?

 

Quelle a été votre réponse ?

Nous avons fait le tour de nos compétences et de nos technologies. Nous avions des machines anciennes et d’autres plus récentes à commandes numériques. Nous avons imaginé qu’elle pourrait être la machine de demain qui permettrait de supprimer les tâches non productives tout en améliorant la qualité des produits, pour pouvoir exporter vers les pays à bas coût. Nous avons réfléchi pendant cinq ans, pour aboutir à un équipement un peu futuriste, capable de produire seul, 24 heures sur 24, des pièces de meilleure qualité à des prix permettant de développer encore le “grand export”. Nous avons choisi de confier ce projet à un intégrateur européen.

 

Quelle est l’originalité de cet équipement ?

Il s’agit d’un centre d’usinage qui cumule 20 axes et pèse une vingtaine de tonnes. Dans un ensemble robotisé, il intègre les technologies traditionnelles de meulage de notre expertise, qui assurent une meilleure qualité que celle des machines à commande numérique. Nous avons commencé avec un centre pour un investissement qui représentait 8 à 10 % de notre chiffre d’affaires. Entièrement autonome, la machine s’autocontrôle. Le temps nécessaire à la production d’une pièce est considérablement réduit et la qualité s’améliore : de la première à la 10 000ème pièce produite, elles sont strictement dans la géométrie et la précision demandées.

 

Quel a été le résultat ?

En augmentant notre qualité et notre capacité de production tout en restant compétitifs, nous avons conquis de nouveaux marchés. En 2014 et 2015, nous avons connu une croissance de 12 %. Cette année, elle devrait atteindre 8 %, ce qui est assez exceptionnel compte tenu du manque de sérénité économique et politique du monde. Et nous investissons l’équivalent de 20 % de notre chiffre d’affaires dans deux nouvelles machines.

Aujourd’hui, nous détenons +/-30 % du marché mondial du foret à centrer, notre produit phare. Nous devrions atteindre les 50 % en 203…

 

La robotisation a-t-elle détruit des emplois ?

Bien au contraire, nous avons recruté 10 personnes et augmenté notre niveau d’embauche du bac pro vers des BTS et des ingénieurs. La robotisation a permis de sauvegarder l’usine. Les tâches non productives et pénibles ont été supprimées. Le personnel concerné a vu ses compétences augmenter.

Nous sommes une entreprise très familiale et nous cultivons cet état d’esprit qui consiste à se préoccuper du développement des salariés. Nous consacrons beaucoup de moyens à la formation continue, d’autant que les nouvelles générations bougent davantage que leurs aînés et qu’il devient difficile de fidéliser le personnel.

 

Avez-vous utilisé le dispositif de suramortissement de la loi Macron ?

Bien sûr, nous avons profité de l’effet d’aubaine et investi davantage que prévu. Pour un industriel, c’est un levier magnifique. À condition de le prolonger, car le seul leitmotiv pour une PME comme la nôtre, c’est investir ou mourir.

 

Magaforce ©Magafor

Magaforce ©Magafor

 

Magafor en bref
Fabricant d’outils coupants de précision

Principaux marchés via les distributeurs et les confrères : sous-traitants automobile, micro mécanique, fabrication de moules, aéronautique, médical.

18,5 millions de chiffre d’affaires dont 70 % à l’exportation
25 % des exportations hors Europe, à égalité entre Asie et Etats-Unis
170 salariés
2 sites : Fontenay-sous-Bois (Val de Marne), Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne)
En savoir plus : www.magafor.com