Les mécaniciens sont comme des bâtisseurs de cathédrales

16/04/2013

Les Assises Mécaniques, AubouyMiguel Aubouy, écrivain, responsable des activités innovation et créativité au Commissariat à l’Énergie Atomique et aux Énergies Alternatives .

« Je ne peux pas m’empêcher de penser aux mécaniciens comme à des bâtisseurs de cathédrales. Les cathédrales qu’ils ont fabriquées sont minuscules. Invisibles, même. Il n’en s’agit pas moins de monuments considérables.

Prenons un moteur de voiture, par exemple. Il y a peu d’exemples de réalisation humaine plus magistrale, plus efficace, plus raffinée. Le nombre d’heures de travail acharné que les hommes ont consacré au perfectionnement de cet objet est inconcevable. La somme de l’intelligence qui se trouve cristallisée en lui est inimaginable. Faramineuse. Il est certain qu’il n’existe personne au monde qui possède le génie nécessaire pour fabriquer un moteur moderne à partir des matériaux qui le composent. C’est pourquoi je sais que les générations à venir admireront les moteurs que l’on a pu faire comme des chefs d’œuvre.

Alors bien sûr, ces générations futures reprocheront à la voiture d’être l’objet archétypal d’une civilisation oublieuse de la nature et des équilibres globaux de la planète. Et ils auront raison, sans aucun doute. Nous même, nous le savons déjà. D’ailleurs, il en va ainsi pour les cathédrales du Moyen Âge : elles cristallisent dans l’espace une forme oppressive de pouvoir religieux. C’est le destin des plus grandes réalisations de l’esprit humain d’incarner à la fois la lumière et l’obscurité de l’époque qui les a vues apparaître. L’ignorer, ce serait être fou. Mais ne pas voir la beauté en cet objet, ce serait une autre forme d’aveuglement. Un aveuglement plus grand encore, peut-être, car un aveuglement devant les solutions qui s’offrent à nous pour construire l’avenir. »